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Black Messiah [15 décembre 2014]

Publié le par D-SOUL, Blog consacré à D'Angelo

Black Messiah [15 décembre 2014]

Kevin Liles avait déjà annoncé que la galette devait arriver avant 2015, l'inquiétude battait son plein en novembre 2014.

Voilà qu'une annonce de nouvel album via un teaser disant que Black Messiah arrive circule sur internet, puis peu de temps plus tard, la possibilité d'écouter le nouveau single, "Sugah Daddy", le buzz sur twitter de la photo de la pochette de l'album, et le lendemain, la sortie surprise du LP sur iTunes le 15 décembre minuit.

Cette sortie a eu l'effet d'une explosion sur le web, l'album s'est glissé en tête des ventes sur iTunes en une journée. On ne pouvait rêver mieux.

Que dire après, allez 10 écoutes au moins de l'album en boucle pour s'assurer de ne rien manquer de la production de ce super héros de la musique noire américaine...

Black Messiah est un album audacieux, qui, je pense, fera parler de lui encore longtemps.

La majorité des textes sont co-écrits avec Kendra Foster, l’une de ses choristes et deux titres (ain’t that easy » et « sugah daddy ») avec Q-Tip.

Les musiciens qui y jouent, malgré le casting annoncé lors des années d’attente, sont les Vanguard comme la pochette l’indique : Pino Paladino (basse), Chris Dave (batteries), Jesse Johnson (guitare), Isaiah Sharkey (guitare)…et de grands « habitués » (pour le peu d’albums, j’exagère, mais on se comprend !) : Questlove (batterie) et Roy Hargrove(trompette).

Pour la première fois dans sa carrière, des choristes interviennent, déjà vu en concerts : Kendra Foster, Jermaine Holms et Ahrell Lumzy ; et pour la première fois, le nom du groupe est mentionné, à l’instar Prince and the Revolution.

Bien que le groupe soit introduit, le tout est produit par D’Angelo qui compose, arrange, joue, trafique aussi des instruments. Questlove, lors d’interviews, évoquait des anecdotes où il entendait les sons retouchés par D’, repitchés et retouchés pour obtenir des sons propres à lui (certains un peu galactiques).

La prise de risque est appréciée.

Ça démarre fort avec trois morceaux découverts avant l'album, l'une version ébauche, le très puissant "1000 deaths", et deux en concerts de 2012 : "ain't that easy" à la croisée des influences princières, P Funk et Hendrixiennes, et "The Charade", politique, limite Rock, solide comme la version Live (dont la version la plus propre est celle du live@made in america festival), qui va dans la stricte continuité de ce trio de compositions hors du commun.

"1000 deaths", on l'avait connu sale, lors de son partage sur le web il y a de cela plusieurs années, et le retrouve encore plus crade, mais, sans jeux de mots, 1000 fois plus consistant. D' utilise des effets des distorsion sur sa voix allant de paire avec la guitare électrique complètement énervée. La colère est la maîtresse de ce titre, laquelle s'alimente de l'extrait du discours, d'un ancien black panther, de début remettant en cause la couleur de peau de Jésus. Rappelons le contexte politique dans lequel sort cet album (la violence de Ferguson, et quelques années plus tôt, le meurtre de Trayvon Martin, Sean Bell).

Ces trois morceaux passés, on passe à la transition entre la side A et la side B, et les morceaux deviennent plus accessibles, mais tout autant riches.

"Sugah Daddy" sera la transition entre ces deux parties mais aussi entre son absence et son retour, puisque ce sera son premier single en 15 ans.

On y ressent du Prince, des sonorités New Orléans, un piano bondissant, et on y entend Roy Hargrove, comme quoi on ne chante pas une équipe qui gagne ! La magie de Voodoo garde plusieurs de ses mêmes sorciers pour relancer le groove. Aparté : Je dirai même que c'est presque une suite logique de Bullshit (Rh factor).

« Really love » est la première douceur, accents latino américains, voix succulente d’une femme qui parle en espagnol, nappes de violon, guitare hispanique, et falsetto aérien tout le long. Ce morceau doit faire rêver nombre de fans tant il rappelle « l’époque de l’attente », en particulier, en 2007, quand Questlove a fait partager sur une radio australienne le brouillon de ce morceau. Il a fallu attendre 2012 pour que D’Angelo daigne le jouer avec les Vanguard lors de sa tournée européenne.

Ce morceau devait être au départ le single, mais changement de plans. Quoiqu’il en soit, il sera toujours cher à son public lors de chaque représentation. La version aboutie est efficace, et aurait été tout aussi bien pour relancer la carrière de l’ange noir.

« Back to future (part 1) » est le premier titre 100 % méconnu du public, jamais joué en concert. C’est un mid tempo, avec une basse qui rappelle les productions Jay Dilla, en particulier Slum Village. Ce genre de groove familier aux années Voodoo a donné un genre repris par de nombreux artistes comme Musiq Soulchild, Bilal, Jaguar Wright, Floetry, entre autres (vous avez dit Nu Soul ?) et rappelle que dans toute genre, personne ne peut égaler son créateur, et ce ne sont pas les années de néant qui auront raison de sa maîtrise. La variation de fin donne une nouvelle direction au titre, très Stevie Wonder, avec l’artiste scattant jusqu’à l’achèvement.

« Til it’s done » lui aussi rappelle Jay Dilla, car est construit comme un beat de hiphop, à la manière d’un sample travaillé au MPC, et tournant en boucle, mais avec des musiciens. Le falsetto est roi sur les mesures de ce titre du début jusqu’à la fin pour accompagner une variation au dénouement qui brille de mille feux.

A l’écoute de « Prayer », on y flaire les années jouées en église mariées à un set de batterie qui aurait pu être utilisé lors de la période R&B des 90’s de Teddy Riley, et de guitare électrique répondant aux phases de synthétiseurs sorties d’ailleurs.

Roy Hargrove revient sur « Betray my heart » dont la tournure fait penser à Spanish Joint (la façon de répéter plusieurs « i will never betray my heart » en fin de refrain), comme pour Sugah Daddy, un côté New Orleans fait son apparition. Ce titre sonne comme un standard de Jazz dont je n’ose imaginer la beauté sur scène. Là, on range les batteries brutales, les caisses claires funky à la Roger Linn Drum des trois précédents titres, et on ressort la rimshot douce qui rime avec la tendresse des mots de la chanson, le Rhodes et les cuivres de Mr Hargrove. Avec ces coupures à la fin de chaque cycle, ce morceau se laisse écouter avec son swing irrésistible.

« The door » est la très grosse surprise de cet album. Sifflements, guitare folk, ambiance country, on croirait par moments entendre une chanson de Norah Jones, sauf que cette façon si particulière de D’Angelo nous fait voyager bien ailleurs.

« Back to the future (part 2) » basé sur la première partie, comme on s’en doute, se dévoile comme un Jam diablement groovy. La voix de D’angelo ne chante, plus, elle joue ! Elle se mèle à toute l’orchestration telle un instrument à part entière.

Je sais, en lisant de nombreux forums, mais également les visages souriants lors des concerts, que « Another Life » était le morceau monstre, pour reprendre les termes de Russel Elevado, que de nombreux fans attendaient. Et le passage du live à la version studio est une expérience non-définissable, on ne pouvait pas mieux finir.

Ce titre fait rencontrer la Soul de Philly et la sensibilité de Curtis Mayfield, le Sitar caresse le piano, et la batterie de Questlove enchante cette chanson sortie tout droit d’une autre dimension. C’est la deuxième ballade de l’album, avec « Really Love ».

Quasiment 15 années, récompensées par un album très riche musicalement, qui ose s’aventurer sur d’autres terrains, côté instruments , composition ou effets vocaux.

Le « Jésus du R&B » ne se repose pas sur ses acquis et ne se contente pas de faire du surplace sur une formule qui a marché avec lui, ainsi qu’avec des artistes suiveurs.

Serions-nous face à un futur classique ?

Une chose est sûre, le D’Day est arrivé et une nouvelle ère commence pour la musique afroaméricaine.

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